Se rendre au contenu

Carine Decock 

Est une artiste intuitive qui dépasse les conventions. Elle manie la couleur avec finesse et liberté. Des verts, des bleus, des violets, des éclats d’or, quelques lignes esquissant des silhouettes féminines — et la couleur elle-même s’efface pour laisser place à une sensation : la sensualité, la pudeur, mais aussi la force de celle qui ose s’affirmer.

Les femmes dans les œuvres ; Lazy Women et de Women in the Garden possèdent un indéniable écho de Gustav Klimt, non dans la profusion ornementale ni dans la minutie du motif, mais dans l’agencement chromatique, ces cercles diffus, ces touches épaisses qui dégagent quelque chose d’intensément féminin. Carine peint de l’intérieur vers l’extérieur. Tout commence par une intuition, une forme naissante, puis vient cet instinct indicible que l’on ne formule qu’à demi-mots.

L’artiste explore, expérimente, ose. Elle refuse de se laisser enfermer dans une esthétique unique ; son travail est multiple. Huile, acrylique, résine : chaque matière répond à une nécessité différente. La résine, notamment, lui permet de capter la lumière d’un instant précis, cet espace fragile où l’émotion est encore en devenir.

Ses œuvres en pouring autorisent des alliances chromatiques savantes, donnant naissance à des marbrures élaborées autant qu’à des élans plus instinctifs. Entre ses mains, la couleur devient presque duale : elle glisse du rouge incandescent au noir et blanc dans un mouvement de rupture. Swirl of Colors — qui aurait tout aussi bien pu se nommer Whirlwind of Passion — évoque cette passion dévorante qui brûle, s’imprime dans la peau et persiste dans la mémoire.

L’œuvre de Carine Decock se distingue autant par sa diversité que par la richesse de ses textures et de ses harmonies colorées. Il serait d’ailleurs réducteur de parler d’un univers ; il faudrait évoquer des univers.

So Sad apparaît comme la réminiscence d’une existence ancienne. Cette création trouverait naturellement sa place dans une villa romaine ou grecque tant les tonalités terracotta et orangées rappellent les pigments antiques. Les lignes délicates du visage contrastent avec l’intensité des yeux et l’épaisseur des sourcils. L’œuvre aurait pu s’intituler Sans mots, tant le regard raconte à lui seul une histoire : celle d’une détresse profonde qui vient frôler notre propre vulnérabilité, ce moment où l’existence semble nous submerger.

Approcher le travail de l’artiste, c’est pénétrer un territoire affranchi des normes, où la couleur déborde des cadres établis et où la forme ne s’impose jamais par imitation fidèle, mais par suggestion. Une silhouette féminine, une mer agitée, un songe, des fleurs en devenir : tout est insinué avec une telle intensité que la couleur finit par devenir émotion, nous laissant suspendus dans un entre-deux troublant.

L’artiste dépasse sans cesse ce qu’elle croit connaître. Elle ne cherche pas véritablement : elle explore, portée par une avidité créatrice qui la conduit vers l’inattendu, souvent découvert presque par accident. Pourtant, ce hasard apparent demeure guidé par un instinct profond qui anime son geste jusqu’à ce que la toile soit entièrement habitée de couleurs, de formes et d’elle-même.

Chaque composition porte une part de son histoire. Dans chaque ligne, chaque nuance, chaque matière affleure quelque chose d’intime. Carine Decock est une artiste sincère, engagée, en perpétuelle évolution, avançant toujours à contre-courant des conventions. Les codes lui importent peu. Sa signature est un papillon, symbole de transformation, métamorphose et de renouveau.

 

Claudia Ahumada Bolton



Prix Kadinsky : coup de coeur

Quand l'innovation rencontre la performance